Le simulateur chinois qui permet d’expérimenter la mort

Illustration du simulateur de mort à Shangai

Face à l’angoisse de la mort et de l’éternelle question de ce qu’il y aura ou n’y aura pas après, un musée de Shanghai propose un simulateur de mort. L’idée des fondateurs, outre la curiosité que l’attraction représente, c’est d’aider les visiteurs à affronter leur peur de ce qui est, pourtant, inévitable.

Une attraction hors du commun

C’est dans un quartier branché de Shanghai que se trouve le musée Xinglai. Un musée pour le moins atypique, puisqu’il propose d’expérimenter la mort à travers une attraction qui vous en fait vivre chaque étape, de la mort jusqu’à la réincarnation, en passant par la crémation. Xinglai, ça veut dire « réveil » en Chinois et c’est bien sur les leçons qu’il y a à tirer de cette expérience que veulent insister ses créateurs.

L’expérience dure deux heures et coûte 60 euros par personne. Tout commence alors que vous vous retrouvez avec d’autres personnes (une demi-douzaine en général), dans une salle circulaire et blanche. Ce petit groupe doit alors sélectionner une situation de vie ou de mort et chacun explique pourquoi il sacrifierait sa vie ou celle d’un autre dans une pareille situation.

Les réponses sont ensuite partagées et les participants votent pour élire la pire d’entre elles. Celui qui en est à l’origine est alors « sacrifié » et doit expérimenter la mort. Il est alors envoyé dans le crématorium où, allongé dans le noir, il regardera les flammes supposées consumer son corps s’allumer sur un écran. Ensuite, le participant renaît en sortant d’un tube recouvert d’un tissu élastique censé simuler l’accouchement et le début de sa nouvelle vie.

Apprivoiser sa peur de la mort

Les créateurs de l’attraction en ont défendu les vertus dans de nombreuses interviews télévisées et écrites, comme celle de ITW. Selon eux, l’expérience se base sur le principe bien connu de l’apprentissage par répétition. La mort étant quelque chose dont nous ignorons tout, il nous est impossible de prendre une décision et de résoudre efficacement une équation dont elle fait partie.

Ainsi, pendant ces deux heures, chaque participant prend le temps de réfléchir à sa propre mort. Il lui est même demandé de réfléchir aux derniers mots qu’il aimerait prononcer. De même, en partageant avec les autres ses questions et ses réflexions sur la mort, il peut progresser en écoutant les réflexions des autres. Partager aussi ouvertement sur un sujet aussi difficile est effectivement très rare.

Toujours selon les créateurs du musée Xinglai, cette conversation, suivie ensuite de l’expérimentation de la mort à travers la crémation et la renaissance, permet d’abattre certaines barrières dans le psychisme humain. Même si tout cela n’est que simulation, nous savons que le cerveau humain apprend autant en jouant qu’en situation réelle. Il est donc envisageable qu’une telle expérience permette au participant de penser à la mort avec moins d’angoisse par la suite.

Apprendre à mieux gérer le deuil

Un autre aspect très important dans cette attraction aux yeux de ceux qui l’ont mise en place, c’est l’aide précieuse qu’elle pourrait, potentiellement, apporter aux personnes qui ressentent des difficultés à surmonter un deuil traumatique, récent ou non. Effectivement, selon eux, l’expérimentation de la mort pourrait alors apaiser la peine de la disparition d’un proche.

Pourquoi faire semblant de mourir permettrait d’atténuer la tristesse après un deuil ? Évidemment, tout cela n’est que théorique, mais il semblerait que la peur de la mort et la tristesse immense qui l’entoure trouvent une grande part de leurs origines dans la méconnaissance que nous en avons et du peu de contact que nous entretenons avec elle.

Effectivement, la mort nous est totalement inconnue alors qu’elle fait partie intégrante de la vie et notre cerveau éprouve toujours plus de difficulté à gérer ou supporter ce qui est nouveau ou inattendu. Ainsi, toujours grâce au jeu, nous enseignons à notre cerveau à surmonter la tristesse et lui donnons la force de se montrer plus résilient face au chagrin.

Combattre le suicide grâce à cette attraction

Évidemment, les créateurs de ce musée atypique ne tarissent pas d’éloges au sujet de leur invention et il est nécessaire de considérer ce qu’ils affirment avec une certaine distance. Pourtant, il faut admettre que la mise en place d’une telle idée est un fait unique dans nos sociétés modernes et qu’une observation attentive pourrait la rendre riche d’enseignements.

Ainsi, grâce à son fonctionnement qui favorise énormément la discussion autour de la mort, de sa nécessité et de la notion de sacrifice, l’attraction met au cœur de son questionnement la valeur immense de toutes les vies. Puisqu’il pose la question des raisons de perdre la vie, ce musée interroge également sur l’importance de la préserver.

Selon les créateurs du musée, ces questionnements pourraient aider les personnes victimes de pensées suicidaires récurrentes, ayant déjà fait des tentatives de suicide ou non, à surmonter leur souffrance et leurs idées noires. Difficile de savoir si, d’un point de vue médical, ce qu’ils disent est vrai. Dans tous les cas, il ne fait aucun doute qu’une discussion franche sur la nécessité ou l’inutilité de la mort ne peut pas faire de mal à quelqu’un qui lutte contre des idées suicidaires.

Un musée qui défie notre morale

Si, au premier abord, ce drôle de musée peut étonner, amuser, puis choquer certains, il faut prendre le temps de se demander pourquoi. Sans doute que dans son rapport si franc à la mort, il vient bousculer certaines de nos croyances et de nos exigences morales.

Malgré tout cela, il n’est pas nécessaire, ni d’avoir des pensées suicidaires, perdu un proche ou d’être soi-même terrorisé par notre inévitable disparition pour apprécier ce musée. Nul doute qu’il deviendra rapidement l’une des curiosités les plus prisées des touristes et des Chinois.

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